Les symptômes ne sont pas les causes
Quand une organisation sent que quelque chose bloque, elle nomme d'abord ce qui la dérange au quotidien. Les réunions se multiplient sans rien trancher. Une décision prise en haut ne se traduit jamais tout à fait sur le terrain. Une information circule mal, une autre revient trois fois. Presque toujours, ces signaux finissent par se réunir sous un même mot: la communication.
C'est un diagnostic rassurant. Il désigne un problème réparable et une action évidente. On clarifie les canaux, on ajoute un outil, on précise qui informe qui. Pendant quelques semaines, la tension retombe. Puis elle revient, souvent au même endroit, parfois sous une autre forme. C'est le signe le plus fiable qu'on a traité un symptôme et non une cause.
La communication qui achoppe est rarement un problème de communication. C'est le plus souvent la surface visible d'une frontière mal tracée. Deux personnes se nuisent parce que leurs responsabilités se chevauchent, et aucun outil ne réglera ce que seule une décision de structure peut trancher. Une équipe informe mal parce qu'elle ne sait pas elle-même de quoi elle répond. Une direction répète ses consignes parce qu'elles ne rencontrent aucun point d'appui clair en dessous. Dans chacun de ces cas, le bruit qu'on entend n'est pas le problème. Il en est l'écho.
Confondre le symptôme et la cause a un coût précis. On investit du temps, de l'énergie et parfois de l'argent sur un levier inerte. Le mouvement donne l'impression d'agir, mais rien ne se déplace en profondeur, parce que le point d'appui n'était pas là. Pire, chaque tentative qui échoue installe l'idée que le problème est insoluble, alors qu'il n'a simplement jamais été nommé au bon endroit.
Lorsque je lis une organisation, je refuse de m'arrêter au premier mot qu'elle emploie pour se décrire. Le symptôme indique une direction, il ne donne pas la réponse. Derrière une communication difficile, il faut chercher la frontière, la responsabilité, la phase ou la décision qui n'a pas été prise. C'est là, et pas dans le symptôme, que se trouve le levier qui déplace vraiment les choses.
La question utile n'est donc jamais celle de mieux communiquer. C'est celle de comprendre ce que cette difficulté révèle de la structure. La première mène à une solution qui ne tient pas. La seconde ouvre sur la cause.
Un symptôme indique où regarder. Il ne dit jamais quoi corriger. C'est en cessant de le confondre avec la cause qu'une organisation recommence à se déplacer.